Qualité de l'air dans la voiture en été : polluants invisibles
Une voiture garée en plein soleil peut atteindre 45 °C à l'intérieur en moins d'une demi-heure, même par une chaleur extérieure « normale » pour l'été. Cette température extrême ne se contente pas de rendre l'habitacle inconfortable au retour de la plage : elle transforme aussi les plastiques, mousses et textiles du véhicule en sources actives de polluants. Chaque été, des millions de familles passent de longues heures dans cet environnement fermé, sans savoir que la qualité de l'air y est parfois nettement plus dégradée qu'à l'extérieur.
Parmi les substances concernées, un nom revient régulièrement dans les études scientifiques : le DEHP, un plastifiant largement utilisé dans les plastiques souples de l'automobile. Il n'agit pas seul : il s'inscrit dans un ensemble plus large de composés émis par l'habitacle sous l'effet de la chaleur.
Nous verrons dans cet article le mécanisme qui relie température et pollution intérieure, situe le DEHP dans cette problématique, et donne des gestes concrets pour limiter l'exposition pendant les trajets de vacances.
Chaleur et qualité de l'air : pourquoi l'habitacle chauffe-t-il autant en été ?
Un habitacle fermé fonctionne comme une serre. Les vitres laissent passer le rayonnement solaire, qui se transforme en chaleur à l'intérieur mais ne ressort pas aussi facilement à travers le verre. Résultat : la température grimpe vite, même quand il ne fait « que » 25 °C dehors.
Les chiffres parlent d'eux-mêmes : même par une chaleur extérieure jugée tout à fait supportable (15 à 20 °C), l'intérieur d'un véhicule peut atteindre 45 °C en moins d'une demi-heure (1), selon le ministère de l'Intérieur. Plus la température extérieure est élevée, plus cette montée est rapide.
D'où vient la dégradation de la qualité de l'air dans l'habitacle ?
Le tableau de bord, les sièges, les moquettes, les revêtements de portière et les colles utilisées lors de l'assemblage sont presque tous fabriqués à partir de matériaux plastiques, de mousses synthétiques ou de textiles traités. Sous l'effet de la chaleur, ces matériaux libèrent des substances chimiques dans l'air de l'habitacle.
Les composés organiques volatils (COV)
Les COV sont des substances qui s'évaporent facilement, même à température ambiante : la chaleur accélère ce phénomène. Parmi eux, le benzène est classé cancérogène avéré pour l'homme (groupe 1) (2), et l'Anses a fixé une valeur guide pour l'air intérieur de 2 µg/m³ (3) en raison de ce risque.
Les plastifiants, une autre famille de substances
Les plastifiants forment une famille différente des COV classiques. Ce sont des additifs ajoutés aux plastiques (notamment au PVC) pour les rendre souples : sans eux, un tableau de bord ou une housse de siège en plastique serait cassant. Contrairement aux COV, ils ne sont pas chimiquement liés à la matière plastique : ils peuvent donc migrer lentement vers la surface, se déposer sous forme de poussières, ou passer dans l'air quand la température augmente. C'est dans cette famille que se trouve le DEHP.
Le DEHP, un plastifiant à resituer dans le contexte automobile
Le DEHP (di(2-éthylhexyl) phtalate) est l'un des plastifiants les plus utilisés au monde dans les plastiques souples. En automobile, on le retrouve potentiellement dans certains éléments en PVC souple : joints, câbles électriques, enduits d'étanchéité, protections anti-corrosion de châssis, sièges en cuir synthétique et protections de carrosserie (4). Il appartient à la famille des phtalates, classé reprotoxique de catégorie 1B et considéré comme perturbateur endocrinien pour la santé humaine et l'environnement (5) : c'est-à-dire sa capacité à interférer avec le système hormonal.
Pourquoi la chaleur favorise sa libération
Le DEHP n'est pas un gaz volatil comme le benzène : c'est une molécule plus lourde, qui migre plus lentement. Mais la chaleur agit comme un accélérateur. Elle assouplit davantage le plastique, augmente l'agitation des molécules et facilite leur migration vers la surface des matériaux, puis leur passage dans l'air ou leur dépôt sous forme de poussières fines. Plus l'habitacle chauffe et plus les cycles de chaleur se répètent : été après été, trajet après trajet, plus l'exposition cumulée peut augmenter.
Ce que dit la réglementation et son angle mort
Le DEHP est encadré par le règlement européen REACH, qui restreint son usage à des concentrations inférieures à 0,1 % dans les jouets et articles de puériculture (6). Pendant longtemps, les véhicules automobiles neufs bénéficiaient d'une exemption à cette restriction. Cette exemption a pris fin le 7 janvier 2024 : depuis cette date, aucun véhicule neuf ne peut être mis sur le marché avec des pièces contenant du DEHP au-delà de ce seuil (7). Le vrai point de vigilance ne porte donc plus sur une absence de réglementation, mais sur le parc automobile existant : les millions de véhicules mis en circulation avant 2024, souvent utilisés pendant dix à quinze ans, ne sont pas concernés rétroactivement par cette restriction. Ce n'est pas une preuve de danger avéré à ce niveau d'exposition, mais un point de vigilance qui justifie que le sujet soit mieux connu du grand public, en particulier pour les véhicules les plus anciens.
Conseil d'expert : Le DEHP n'agit jamais seul dans l'habitacle : il se combine à d'autres COV et particules. C'est la somme des expositions, plus que la présence d'une seule substance, qui doit guider la vigilance.
Trajets de vacances : un phénomène amplifié par la durée et la fermeture de l'habitacle
Un road-trip d'été cumule plusieurs facteurs aggravants : la voiture reste garée en plein soleil, les vitres sont souvent fermées pour la climatisation pendant les trajets qui peuvent durer plusieurs heures. Les enfants, installés au niveau des sièges arrière et des mousses, sont souvent les plus exposés, avec en plus une respiration plus rapide que celle d'un adulte au regard de leur poids corporel.
Ce n'est pas une raison pour renoncer aux vacances en voiture : c'est un contexte qui justifie quelques réflexes simples, au même titre que la vérification de la pression des pneus avant un long trajet.
Les bons réflexes pour limiter l'exposition pendant les trajets d'été
- ✓ Aérer l'habitacle 1 à 2 minutes avant de démarrer, portières ouvertes, surtout après un stationnement prolongé au soleil.
- ✓ Privilégier un stationnement à l'ombre ou utiliser un pare-soleil réfléchissant sur le pare-brise.
- ✓ Éviter de laisser des objets en plastique souple (jouets, bouteilles, contenants alimentaires) exposés directement au soleil sur la plage arrière ou le tableau de bord.
- ✓ Aspirer et dépoussiérer régulièrement l'habitacle : les plastifiants se fixent en partie sur les poussières.
- ✓ Faire une pause toutes les deux heures pour renouveler l'air et sortir du véhicule.
- ✓ Ne jamais laisser un enfant ou un animal seul dans une voiture, même quelques minutes, même vitres entrouvertes.
Aller plus loin : mesurer plutôt que supposer
Les recommandations ci-dessus réduisent l'exposition, mais elles ne disent rien de ce qui se trouve réellement dans votre véhicule. Chaque voiture est différente selon son âge, ses matériaux et son historique d'exposition à la chaleur. Pour objectiver ce qui se joue dans un habitacle précis, la seule méthode fiable est la mesure : c'est le principe de notre kit d'analyse Kudzu Science, un bracelet en silicone porté pendant sept jours puis analysé en laboratoire, qui permet de quantifier l'exposition personnelle aux plastifiants dans la vie quotidienne, trajets en voiture compris.
FAQ : vos questions sur les polluants de l'habitacle en été
La climatisation supprime-t-elle les polluants de l'habitacle ?
Non. La climatisation refroidit l'air et le fait circuler, mais elle ne filtre pas les composés chimiques déjà présents dans l'habitacle. Un filtre habitacle à charbon actif, changé régulièrement, réduit une partie des particules et de certains COV. Son efficacité sur les plastifiants déposés sur les surfaces de l'habitacle n'est en revanche pas documentée par les autorités sanitaires françaises à ce jour.
Le DEHP est-il présent dans toutes les voitures ?
Il n'existe pas de règle universelle : sa présence dépend des matériaux en PVC souple utilisés par chaque constructeur et chaque modèle. Les véhicules plus anciens ou dont l'historique d'exposition à la chaleur est important peuvent présenter des profils différents de ceux d'un véhicule récent.
Une voiture neuve est-elle plus polluée qu'une voiture ancienne ?
Les émissions de COV sont souvent plus élevées dans les premiers mois d'un véhicule neuf, avant de diminuer progressivement. Les plastifiants, eux, migrent sur une durée beaucoup plus longue et concernent aussi bien les véhicules récents qu'anciens.
Quels sont les symptômes d'une exposition trop importante ?
À court terme, une irritation des yeux, du nez ou de la gorge, ou des maux de tête, peuvent traduire une gêne liée à la qualité de l'air. Ces symptômes ne sont pas spécifiques et ne permettent pas, à eux seuls, d'identifier une substance précise : seule une analyse permet de le confirmer.
Faut-il s'inquiéter pour les enfants en bas âge ?
Les enfants respirent proportionnellement plus d'air que les adultes et passent souvent du temps sur des sièges auto en contact direct avec des mousses et plastiques. Cela justifie une vigilance particulière (aération, ombre, pauses), sans que cela signifie qu'un danger immédiat soit démontré à chaque trajet.
Comment savoir si mon véhicule émet beaucoup de plastifiants ?
La seule façon fiable de le savoir est une mesure directe, en laboratoire, de l'exposition réelle : par exemple via un dispositif porté qui capte les substances présentes dans l'environnement quotidien, trajets en voiture inclus.
Conclusion
La chaleur de l'été ne se contente pas de rendre un habitacle inconfortable : elle dégrade la qualité de l'air de la voiture en accélérant l'émission des composés chimiques contenus dans les plastiques, mousses et textiles, dont les plastifiants comme le DEHP.
Aérer avant de démarrer, stationner à l'ombre, limiter l'exposition directe des objets en plastique au soleil : ces gestes simples réduisent concrètement l'exposition pendant les vacances. Pour aller plus loin et objectiver la situation de votre propre véhicule, IRES LAB et Kudzu Science proposent des solutions de mesure adaptées à la vie quotidienne, y compris aux longs trajets estivaux.
Une question sur nos analyses ou besoin d'un conseil adapté à votre situation ? Contactez notre équipe, nous vous répondrons avec plaisir.
Sources
- (1) Ministère de l'Intérieur, « Chaleur : quels réflexes adopter en voiture avec des enfants ? » — interieur.gouv.fr
- (2) INRS, Fiche toxicologique FT 49 – Benzène — inrs.fr
- (3) Afsset (aujourd'hui Anses), Valeurs guides de qualité d'air intérieur – Le benzène, janvier 2008 — anses.fr
- (4) Ineris, Fiche substance DEHP (FTE, di(2-éthylhexyl) phtalate) — substances.ineris.fr
- (5) notre-environnement.gouv.fr (Commissariat général au développement durable), « Perturbateurs endocriniens : BPA et DEHP » — notre-environnement.gouv.fr
- (6) Anses, Avis et rapport relatif aux jouets et équipements en matière plastique destinés aux enfants de moins de 3 ans (Saisine 2013-SA-0176) — anses.fr
- (7) Ineris — Restrictions : mise à jour de l'entrée 51 (phtalates) dans les articles — reach-info.ineris.fr